| D'abord, le fait qu'un
ménage sur deux vit dans la pauvreté,
ensuite que celle-ci a reculé en même temps
que les inégalités, que la pauvreté
est rurale et enfin qu'elle soit un phénomène
multidimensionnel.
S'agissant du premier fait qu'environ un ménage
sur deux vit dans la pauvreté, il apparaît
qu'une telle proportion impose des choix de politiques
publiques volontaristes pour s'orienter vers une réduction
rapide de la pauvreté.
Les rigidités de la demande, la faiblesse de
la productivité du travail et les contraintes
de financement public, en particulier, définissent
un univers de contraintes dans lequel la création
massive d'emplois et l'amélioration des conditions
d'accès aux services essentiels seront des défis
majeurs.
En ce qui concerne le deuxième fait relatif
au recul de la pauvreté et des inégalités,
le dernier profil de pauvreté atteste d'une diminution
sensible de la pauvreté entre 1990 et 1996. La
croissance enregistrée au cours de la période
a donc eu un effet significatif à la fois sur
l'incidence, la profondeur et la sévérité
de la pauvreté.
Les données témoignent également
d'un certain partage de la croissance, tout du moins
d'un rapprochement des dépenses moyennes par
ménages. Une croissance plus forte et l'amélioration
de la fonction de régulation et de redistribution
de l'Etat devraient donc conduire à des impacts
plus déterminants.
Le troisième fait suggère que la pauvreté
est d'abord rurale et appelle des réponses ciblées.
Alors que la population rurale est devenue minoritaire
en nombre, on constate que huit pauvres sur dix vivent
en milieu rural et que la contribution de ce dernier
à l'extrême pauvreté est encore
plus élevée.
Ce constat met en évidence le rôle majeur
que doivent jouer les politiques agricoles et les actions
transversales visant à diversifier l'emploi en
milieu rural. Mais il convient également de dépasser
cette opposition rural/urbain, car des poches de pauvreté
importantes existent dans les quartiers urbains défavorisés.
Des réponses différenciées sont
nécessaires en fonction des dimensions locales
de développement.
Le quatrième fait, souligne le caractère
multidimensionnel du phénomène de la pauvreté.
Les différentes formes de pauvreté - revenus,
conditions de vie, potentialités - sont étroitement
liées.
Au niveau individuel, le faible niveau de revenu renvoie
à une productivité faible du travail,
déterminée entre autres par des facteurs
liés à la santé ou à l'éducation.
L'accès à ces derniers est de même
fortement influencé par la situation monétaire
des ménages.
Le cadre macro-économique, les politiques publiques,
l'environnement institutionnel et culturel sont également,
à un niveau plus global, des déterminants
de la pauvreté. La réduction de la pauvreté
passe donc par une action simultanée sur l'environnement
global, les conditions de la production et le cadre
de vie.
Le profil de la pauvreté
La dernière enquête sur les conditions
de vie des ménages a montré que l'étendue
de la pauvreté mesurée par le pourcentage
des individus vivant au-dessous du seuil de pauvreté,
concernait en 1996 plus de la moitié de la population
(50,5%). Celle-ci a toutefois reculé par rapport
au début de la décennie (56,6%) en 1990.
Exprimée en termes de ménages, la baisse
est plus significative: la part des ménages vivant
au-dessous du seuil de la pauvreté est passée
de 50,4% en 1990 à 40,7% en 1996.
Le recul de la pauvreté est encore plus marqué
pour les indicateurs d'écart : l'extrême
pauvreté a connu une diminution de plus de 12
points sur la période 1990-1996, tandis que la
profondeur et la sévérité de la
pauvreté ont enregistré une diminution
de 10 et 9 points, passant respectivement de 28,3% à
18,3% et de 18,1% à 9,1%.
Cependant, ce recul de la pauvreté n'a pas été
uniforme sur l'ensemble du territoire national : alors
que l'incidence de la pauvreté a diminué
de 15 points dans la capitale, la situation des pauvres
s'est détériorée dans les zones
rurales hors vallée du fleuve.
La pauvreté monétaire est d'abord un
phénomène rural (76,4%). Elle est en grande
partie due à la zone rurale aride qui regroupe
plus de 57% des pauvres. Les régions les plus
touchées sont l'Aftout, certaines zones des deux
Hodhs, du Guidimakha et de l'Assaba ainsi que l'Affolé
qui affichent des taux de prévalence de la pauvreté
voisins de 80%, voire supérieurs.
Les données relatives à la pauvreté
des conditions de vie témoignent d'une amélioration
globale des indicateurs sociaux.
Cependant les niveaux et la qualité de ces
indicateurs restent en deçà des normes
souhaitables et ils s'accompagnent de disparités
encore très marquées dans le pays.
En matière d'éducation, les données
indiquent un rattrapage spectaculaire vis-à-vis
des pays de la sous-région et mettent en évidence
l'alignement des taux de scolarisation des filles (83,5%)
sur les garçons (87,6%). Mais, globalement, les
taux de scolarisation en zone rurale sont beaucoup plus
faibles que dans les centres urbains.
L'accès aux écoles est également
difficile dans certains quartiers périphériques
des principales villes. De plus, l'évolution
de certains indicateurs est préoccupante : les
taux d'inscriptions annuelles dans l'enseignement fondamental
se sont nettement ralentis ces trois dernières
années et ont même diminué dans
certaines wilaya (Adrar, Nouadhibou, Tagant, Hodh El
Gharbi).
L'alphabétisation, quant à elle, a connu
des progrès importants, le taux d'analphabétisme
chez les adultes étant passé de plus de
60% en 1990 à près de 42% en 1998.
La situation sanitaire est marquée par la persistance
de certaines maladies infectieuses et parasitaires dont
l'impact est aggravé par le taux élevé
de malnutrition globale (notamment chez les enfants
de moins de cinq ans) et l'émergence des maladies
non transmissibles.
L'espérance de vie à la naissance demeure
fiable : elle était estimée à 54
ans en 1999. La construction et la réhabilitation
de nombreux postes et centres de santé et un
effort de redéploiement du personnel ont permis
une élévation rapide du taux d'accessibilité
des structures sanitaires qui est passé, dans
un rayon de 10 km, de 30% en 1990 à 80% en 1998.
Cependant, cette couverture varie selon les régions
du fait de la dispersion des populations et des problèmes
d'accessibilité géographique.
En matière d'accès à l'eau potable,
on constate une évolution relativement lente
du taux de raccordement, passé de 15,4% en 1990
à 19,1% en 1998.
La situation est plus favorable si l'on se réfère
à l'indicateur "points d'eau par village"
qui a atteint en 1998 un taux moyen de 60% (hors Nouakchott).
Cette moyenne cache cependant d'importants écarts
entre les régions: les taux, relativement satisfaisants
pour le Brakna (95%) et le Trarza (143%), sont en revanche
inférieurs à 50% dans sept wilaya (deux
Hodhs, Assaba, Gorgol, Adrar, Tagant et Nouadhibou).
Si les zones rurales ont globalement un accès
insuffisant aux services sociaux de base, les zones
urbaines concentrent également d'importantes
poches de pauvreté, présentes surtout
dans les quartiers d'habitat précaire.
Les conditions d'hygiène y sont mauvaises :
un tiers des ménages n'a pas un accès
direct à l'eau potable, moins du tiers disposent
d'installations sanitaires adéquates.
La croissance économique est une condition
nécessaire mais non suffisante pour réduire
rapidement la pauvreté. La permanence d'une croissance
assise sur une base productive nationale peu diversifiée,
peu intégrée, sous-industrialisée,
et particulièrement sensible aux facteurs exogènes,
limite singulièrement l'impact de la croissance
sur l'amélioration de l'emploi et des revenus.
Du fait de leur caractère extraverti (consommation
de devises, création limitée d'emplois
nationaux), les deux pôles exportateurs (mines
et pêche) n'ont pas d'importants effets d'entraînement.
De même, la tendance du secteur privé à
s'organiser sur des bases largement oligopolistique
plutôt que sur un tissu de petites et moyennes
entreprises, ne favorise pas une diffusion de la croissance
et des revenus générés par elle.
L'investissement public est un autre facteur important
de réduction de la pauvreté. Les régions
les plus pauvres sont aussi celles qui ont enregistré
les taux d'investissement public les plus bas.
L'accroissement des ressources consacrées ces
dernières années aux investissements dans
les secteurs sociaux - et aux dépenses publiques
sociales plus généralement - explique
l'amélioration des principaux indicateurs d'accès
de la population aux services essentiels constatée
ces dernières années.
Le volume d'investissement n'est cependant pas une
condition suffisante (impact limité, par exemple,
des investissements agricoles antérieurs réalisés
dans la zone du fleuve). Des gains importants sont à
attendre de mesures centrées sur l'amélioration
de l'efficacité de l'investissement.
La pauvreté rurale se déduit largement
des contraintes qui entravent le développement
agricole dont la disponibilité en eau, l'accès
au foncier, le financement, le déficit d'infrastructures,
l'insuffisante opérationnalité des services
de recherche, de formation et de vulgarisation, la très
faible intégration économique aux circuits
formels de l'économie du secteur de l'élevage
aux potentialités pourtant élevées
et l'exéguïté du marché intérieur.
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