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LA PAUVRETÉ EN MAURITANIE
Une amélioration globale des indicateurs sociaux


Les assises nationales de concertation sur le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) ont pris fin jeudi dernier à Nouakchott.
Au terme des trois jours de travaux de ces assises, des recommandations ont été formulées par les participants allant dans le sens de la réduction de la pauvreté en Mauritanie.
Il semble d'ailleurs que le dernier profil de pauvreté atteste d'une diminution sensible de ce phénomène entre 1990 et 1996.

Les données disponibles sur la pauvreté, bien que fragmentaires, suffisent à mettre en évidence quatre faits saillants qui ont déterminé les options du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté.

D'abord, le fait qu'un ménage sur deux vit dans la pauvreté, ensuite que celle-ci a reculé en même temps que les inégalités, que la pauvreté est rurale et enfin qu'elle soit un phénomène multidimensionnel.
S'agissant du premier fait qu'environ un ménage sur deux vit dans la pauvreté, il apparaît qu'une telle proportion impose des choix de politiques publiques volontaristes pour s'orienter vers une réduction rapide de la pauvreté.

Les rigidités de la demande, la faiblesse de la productivité du travail et les contraintes de financement public, en particulier, définissent un univers de contraintes dans lequel la création massive d'emplois et l'amélioration des conditions d'accès aux services essentiels seront des défis majeurs.

En ce qui concerne le deuxième fait relatif au recul de la pauvreté et des inégalités, le dernier profil de pauvreté atteste d'une diminution sensible de la pauvreté entre 1990 et 1996. La croissance enregistrée au cours de la période a donc eu un effet significatif à la fois sur l'incidence, la profondeur et la sévérité de la pauvreté.
Les données témoignent également d'un certain partage de la croissance, tout du moins d'un rapprochement des dépenses moyennes par ménages. Une croissance plus forte et l'amélioration de la fonction de régulation et de redistribution de l'Etat devraient donc conduire à des impacts plus déterminants.

Le troisième fait suggère que la pauvreté est d'abord rurale et appelle des réponses ciblées. Alors que la population rurale est devenue minoritaire en nombre, on constate que huit pauvres sur dix vivent en milieu rural et que la contribution de ce dernier à l'extrême pauvreté est encore plus élevée.

Ce constat met en évidence le rôle majeur que doivent jouer les politiques agricoles et les actions transversales visant à diversifier l'emploi en milieu rural. Mais il convient également de dépasser cette opposition rural/urbain, car des poches de pauvreté importantes existent dans les quartiers urbains défavorisés. Des réponses différenciées sont nécessaires en fonction des dimensions locales de développement.

Le quatrième fait, souligne le caractère multidimensionnel du phénomène de la pauvreté. Les différentes formes de pauvreté - revenus, conditions de vie, potentialités - sont étroitement liées.

Au niveau individuel, le faible niveau de revenu renvoie à une productivité faible du travail, déterminée entre autres par des facteurs liés à la santé ou à l'éducation. L'accès à ces derniers est de même fortement influencé par la situation monétaire des ménages.

Le cadre macro-économique, les politiques publiques, l'environnement institutionnel et culturel sont également, à un niveau plus global, des déterminants de la pauvreté. La réduction de la pauvreté passe donc par une action simultanée sur l'environnement global, les conditions de la production et le cadre de vie.

Le profil de la pauvreté

La dernière enquête sur les conditions de vie des ménages a montré que l'étendue de la pauvreté mesurée par le pourcentage des individus vivant au-dessous du seuil de pauvreté, concernait en 1996 plus de la moitié de la population (50,5%). Celle-ci a toutefois reculé par rapport au début de la décennie (56,6%) en 1990. Exprimée en termes de ménages, la baisse est plus significative: la part des ménages vivant au-dessous du seuil de la pauvreté est passée de 50,4% en 1990 à 40,7% en 1996.

Le recul de la pauvreté est encore plus marqué pour les indicateurs d'écart : l'extrême pauvreté a connu une diminution de plus de 12 points sur la période 1990-1996, tandis que la profondeur et la sévérité de la pauvreté ont enregistré une diminution de 10 et 9 points, passant respectivement de 28,3% à 18,3% et de 18,1% à 9,1%.

Cependant, ce recul de la pauvreté n'a pas été uniforme sur l'ensemble du territoire national : alors que l'incidence de la pauvreté a diminué de 15 points dans la capitale, la situation des pauvres s'est détériorée dans les zones rurales hors vallée du fleuve.

La pauvreté monétaire est d'abord un phénomène rural (76,4%). Elle est en grande partie due à la zone rurale aride qui regroupe plus de 57% des pauvres. Les régions les plus touchées sont l'Aftout, certaines zones des deux Hodhs, du Guidimakha et de l'Assaba ainsi que l'Affolé qui affichent des taux de prévalence de la pauvreté voisins de 80%, voire supérieurs.

Les données relatives à la pauvreté des conditions de vie témoignent d'une amélioration globale des indicateurs sociaux.

Cependant les niveaux et la qualité de ces indicateurs restent en deçà des normes souhaitables et ils s'accompagnent de disparités encore très marquées dans le pays.

En matière d'éducation, les données indiquent un rattrapage spectaculaire vis-à-vis des pays de la sous-région et mettent en évidence l'alignement des taux de scolarisation des filles (83,5%) sur les garçons (87,6%). Mais, globalement, les taux de scolarisation en zone rurale sont beaucoup plus faibles que dans les centres urbains.

L'accès aux écoles est également difficile dans certains quartiers périphériques des principales villes. De plus, l'évolution de certains indicateurs est préoccupante : les taux d'inscriptions annuelles dans l'enseignement fondamental se sont nettement ralentis ces trois dernières années et ont même diminué dans certaines wilaya (Adrar, Nouadhibou, Tagant, Hodh El Gharbi).

L'alphabétisation, quant à elle, a connu des progrès importants, le taux d'analphabétisme chez les adultes étant passé de plus de 60% en 1990 à près de 42% en 1998.

La situation sanitaire est marquée par la persistance de certaines maladies infectieuses et parasitaires dont l'impact est aggravé par le taux élevé de malnutrition globale (notamment chez les enfants de moins de cinq ans) et l'émergence des maladies non transmissibles.

L'espérance de vie à la naissance demeure fiable : elle était estimée à 54 ans en 1999. La construction et la réhabilitation de nombreux postes et centres de santé et un effort de redéploiement du personnel ont permis une élévation rapide du taux d'accessibilité des structures sanitaires qui est passé, dans un rayon de 10 km, de 30% en 1990 à 80% en 1998.

Cependant, cette couverture varie selon les régions du fait de la dispersion des populations et des problèmes d'accessibilité géographique.

En matière d'accès à l'eau potable, on constate une évolution relativement lente du taux de raccordement, passé de 15,4% en 1990 à 19,1% en 1998.

La situation est plus favorable si l'on se réfère à l'indicateur "points d'eau par village" qui a atteint en 1998 un taux moyen de 60% (hors Nouakchott). Cette moyenne cache cependant d'importants écarts entre les régions: les taux, relativement satisfaisants pour le Brakna (95%) et le Trarza (143%), sont en revanche inférieurs à 50% dans sept wilaya (deux Hodhs, Assaba, Gorgol, Adrar, Tagant et Nouadhibou).

Si les zones rurales ont globalement un accès insuffisant aux services sociaux de base, les zones urbaines concentrent également d'importantes poches de pauvreté, présentes surtout dans les quartiers d'habitat précaire.

Les conditions d'hygiène y sont mauvaises : un tiers des ménages n'a pas un accès direct à l'eau potable, moins du tiers disposent d'installations sanitaires adéquates.

La croissance économique est une condition nécessaire mais non suffisante pour réduire rapidement la pauvreté. La permanence d'une croissance assise sur une base productive nationale peu diversifiée, peu intégrée, sous-industrialisée, et particulièrement sensible aux facteurs exogènes, limite singulièrement l'impact de la croissance sur l'amélioration de l'emploi et des revenus.

Du fait de leur caractère extraverti (consommation de devises, création limitée d'emplois nationaux), les deux pôles exportateurs (mines et pêche) n'ont pas d'importants effets d'entraînement. De même, la tendance du secteur privé à s'organiser sur des bases largement oligopolistique plutôt que sur un tissu de petites et moyennes entreprises, ne favorise pas une diffusion de la croissance et des revenus générés par elle.

L'investissement public est un autre facteur important de réduction de la pauvreté. Les régions les plus pauvres sont aussi celles qui ont enregistré les taux d'investissement public les plus bas.

L'accroissement des ressources consacrées ces dernières années aux investissements dans les secteurs sociaux - et aux dépenses publiques sociales plus généralement - explique l'amélioration des principaux indicateurs d'accès de la population aux services essentiels constatée ces dernières années.

Le volume d'investissement n'est cependant pas une condition suffisante (impact limité, par exemple, des investissements agricoles antérieurs réalisés dans la zone du fleuve). Des gains importants sont à attendre de mesures centrées sur l'amélioration de l'efficacité de l'investissement.

La pauvreté rurale se déduit largement des contraintes qui entravent le développement agricole dont la disponibilité en eau, l'accès au foncier, le financement, le déficit d'infrastructures, l'insuffisante opérationnalité des services de recherche, de formation et de vulgarisation, la très faible intégration économique aux circuits formels de l'économie du secteur de l'élevage aux potentialités pourtant élevées et l'exéguïté du marché intérieur.

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