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INNOVATIONS ÉLECTORALES


Le système électoral mauritanien actuel a commencé, dans un premier temps, en 1986 par l'élection des conseils municipaux dans les capitales régionales. Il s'est élargi par la suite en 1987 aux capitales départementales puis aux communes rurales en 1988-89. L'opération s'est répétée par l'organisation, en 1990, d'élections municipales générales englobant 208 communes sur l'ensemble du territoire national.

En 1991, l'expérience démocratique du pays s'est caractérisée par le référendum sur la Constitution.
Après l'adoption de la Constitution du 20 Juillet 1991, le domaine des élections s'est élargi pour englober l'élection des instances constitutionnelles (présidentielle, législatives).
Du fait que le système de la majorité absolue était le plus enraciné dans notre patrimoine électoral, il est resté la caractéristique commune à toutes ces élections.

Il a été constaté, après une expérience de 8 à 9 ans de démocratie pluraliste, un manque dans l'efficacité des partis politiques.

Plusieurs causes sont à l'origine de cette situation.
D'abord, il ne fait pas de doute que le facteur le plus négatif à ce sujet est la non participation des partis de l'opposition aux élections législatives de 1992.

Ces partis ont été influents au cours des élections présidentielles de la même année et il aurait été possible, s'ils avaient participé à ces législatives, d'obtenir une représentation acceptable et influente au Parlement.

L'action des partis politiques a subi, entre 1992 et 1996, beaucoup d'effets négatifs de ce boycott, la carte politique a connu plusieurs scissions et quatre ou cinq partis sont nés d'une même formation.

Il existe un autre phénomène ayant contribué à réduire l'efficacité politique des partis, à savoir «les indépendants".
Ce phénomène a ses causes objectives. L'action politique des partis ne s'est pas enracinée et les citoyens ne s'y sont pas suffisamment habitués en raison du caractère récent de l'expérience politique de la société mauritanienne, et des influences du parti unique et du régime d'exception.

Le phénomène des indépendants a provoqué l'indiscipline et le recours des candidats à certains cadres de solidarité traditionnels comme le régionalisme, le tribalisme et autres. Ces deux choses ont eu des conséquences négatives sur le système démocratique mauritanien et ont poussé à réfléchir à l'amélioration des mécanismes du mode électoral dans le but d'enraciner et d'activer la pratique démocratique au niveau des acteurs politiques que sont les partis, selon l'article 11 de la Constitution du 20 Juillet 1991.

Le législateur mauritanien a choisi de maintenir le scrutin majoritaire tout en élargissant la représentation proportionnelle dans les conseils municipaux et les deux chambres du Parlement.

Ces réformes entrent dans le cadre des améliorations constantes auxquelles persévère le Président de la République, Monsieur Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya, depuis le début du processus démocratique. Elles contribueront, sans aucun doute, à l'efficacité des partis politiques et à leur participation à l'action d'édification et d'enracinement de la démocratie dans la société mauritanienne.

Donc, notre processus démocratique est passé par deux étapes. La première a précédé l'action des partis et le pluralisme politique. Elle visait la formation pédagogique du citoyen à l'opération politique et électorale ainsi que sa préparation à l'étape suivante.

La deuxième étape a été celle du pluralisme politique qui a commencé avec le référendum sur la Constitution du 20 Juillet 1991, les élections présidentielles et législatives.

Les dernières réformes sont intervenues après des concertations et des rencontres effectuées par le Président de la République avec les diverses catégories de la société, cadres, administrateurs, dirigeants de partis politiques de l'opposition et de la majorité, institutions de la société civile, érudits, imams et autres.

Pour confirmer cette volonté, des élections municipales générales anticipées ont été annoncées, permettant à tous les partis politiques de bénéficier de ces réformes et d'en cueillir les fruits.

Les dernières réformes intervenues visent à améliorer les conditions d'existence des partis politiques. La loi sur les financements des partis, les subventions et les aides qui leur sont octroyées par l'Etat entrent dans ce cadre. Ce renforcement des partis a pour objectif d'éviter les candidatures individuelles appelées communément «candidatures indépendantes».

La caution, qui constituait un véritable obstacle pour les candidats, a été réduite de 60 %, de 10 000 ouguiya elle passe à 4 000 ouguiya.

Le renforcement du statut du maire, désormais élu au suffrage universel direct. Ceci permet d'éviter certaines pratiques auxquelles on a assisté ces derniers temps pour l'élection des maires. Toujours dans le cadre de la loi sur les municipalités, introduction a été faite de l'intercommunalité, un concept nouveau et très important.
Avec l'introduction de cette disposition, les communes pourront désormais se regrouper pour réaliser ensemble des projets d'intérêt économique.

Un système de représentation intégrale a été introduit permettant désormais aux partis de faible poids électoral, mais qui disposent d'un pourcentage de voix voisin du quotient électoral, de bénéficier de sièges au même titre que les grands partis qui, naturellement, en raflent toujours.

Si le quotient électoral est, par exemple, 10 000 voix, et si un parti en obtient 20 000, il aura deux sièges et le reste sera réparti selon la règle du plus grand reste, contrairement à ce qui se passait auparavant lorsqu'on donnait les sièges restants à la liste ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages exprimés.

Si on ajoute à cela le refus des indépendants et l'exclusivité des candidatures aux partis politiques, la vie politique sera centrée sur le parti politique comme phénomène nouveau, adapté à la démocratie et seul cadre de solidarité admissible en matière de représentation politique.

Tout cela autorise à dire que les récentes modifications représentent une réforme de fond dans la démocratie mauritanienne. Les nouvelles réformes ont ajouté deux sortes de financement réservés équitablement aux partis politiques.

Auparavant, le financement variait suivant le nombre de voix obtenues par chaque parti politique. Le législateur a ajouté un nouvel axe de financement consistant en une aide forfaitaire d'un montant de 5 millions d'ouguiya pour tous les petits ou grands partis, avec pour seule condition l'obtention de 1% des voix exprimées lors des élections municipales.

Aucun parti politique ne peut être incapable d'obtenir 1 % des suffrages exprimés au niveau national.

En plus de cette aide forfaitaire, il existe d'autres sortes de financements indirects auxquels les partis ont accès équitablement et dont l'impact est important.

Le premier de ces financements indirects est constitué par la réduction de la caution financière de candidature au niveau du parlement et des municipales. Elle a été réduite de 50 000 UM à 20 000 UM pour le parlement et de 10 000 UM à 4 000 UM pour les conseils municipaux.

Comme vous le constatez, le profit que les partis tirent de cette réduction est évident.

Le deuxième type de financement consiste en la réduction de 10 à 5 % du pourcentage de voix exigible pour le remboursement de cette caution.

Le troisième type de financement indirect consiste en l'aide apportée par l'Etat au cours de la campagne électorale, considérée comme une période de compétition entre les différents partis politiques. Ces aides sont nombreuses et diverses. Ainsi, l'Etat accorde des espaces gratuits dans les journaux publics, des tranches d'antennes gratuites à la radio et à la TV, il disponibilise les cartes électorales dont la conception et l'impression sont coûteuses en plus de la réservation de places publiques aux affiches de propagande des candidats des partis et de leurs listes.

Donc tout ce que l'Etat possède comme moyens est à la disposition des partis de manière équitable.
Cela peut ne pas paraître comme un financement direct, mais après analyse, on se rend compte qu'il s'agit de charges coûteuses supportées par l'Etat en lieu et place de l'ensemble des partis politiques, ce qui se répercute sur la consolidation de leur rôle dans la vie publique nationale.

Certains soutiennent que l'interdiction de la candidature indépendante est anticonstitutionnelle. Il échappe à ceux-ci que la Constitution n'a énoncé que le fait que les partis et les coalitions politiques participent à l'expression de la volonté politique. Les coalitions politiques dont parle la Constitution signifient soit l'alliance entre partis, soit la coalition entre un groupe de partis politiques comme le Front des Partis de l'Opposition ou la majorité présidentielle.

Ce problème relève de l'essence même du système électoral et la Constitution a renvoyé à la loi pour ce qui concerne ce dernier. C'est la loi qui définit les conditions que l'individu doit remplir pour être éligible ou électeur.
L'interdiction de la candidature individuelle est une simple condition parmi celles-ci, comme la définition de l'âge de l'électeur, la caution, la couleur de la liste ou autres. En cette question, nous ne faisons pas exception.

Il y a des pays qui n'exigent pas seulement que la candidature soit au nom d'un parti, mais aussi qu'il soit prouvé que le candidat est un membre inscrit sur les listes de ce parti, d'autres qui exigent que le candidat élu au nom d'un parti perd son poste électif s'il perd la qualité de membre de ce parti.

L'existence des partis politiques n'est pas un objectif en soi, et leur grand nombre ne signifie pas que la démocratie a donné ses fruits. Aux Etats Unis, c'est à peine si l'existence des partis ne se limite pas à 2 ; en Grande Bretagne il n'y avait, récemment encore, que deux partis auxquels s'est ajouté un troisième dont la présence est peu importante.

Donc, le grand nombre des partis n'est pas nécessairement un indice de leur efficacité et n'a pas d'importance également. Ce qui importe, c'est la discipline autour d'une vision donnée, de choix d'un projet social d'avenir que le parti œuvre à réaliser en finissant les objectifs et mettant en place un programme donné pour les atteindre.

La démocratie n'est finalement que l'expression des points de vue et des projets de société, elle a besoin d'un cadre organisationnel. Celui-ci est défini par la constitution dans son article 11 à savoir les partis politiques.

Il y a des régimes démocratiques qui ouvrent la voie devant ce phénomène des indépendants pour des objectifs qu'ils veulent atteindre.

Ce qui s'est exprimé lors des dernières élections législatives en Egypte. Le parti qui était dominant n'a pas obtenu 40% des suffrages à l'issue de ces élections, mais après s'être adjoint les indépendants, il domine désormais sur 80% des sièges.

Comme vous le savez, il n'y a pas un système électoral unique que tout le monde est tenu de suivre, mais chaque pays a le choix suivant son évolution historique, ses spécificités nationales et sa volonté politique.

L'Etat a créé un département ministériel chargé de l'état civil. Un recensement administratif, à cette fin, a été organisé et les étapes se sont succédées jusqu'à l'institution d'une carte nationale d'identité infalsifiable et de documents d'état civil pour l'ensemble des citoyens.

Notre démocratie est très jeune, mais elle constitue un processus dynamique qu'on améliore régulièrement. Nous tendons ainsi vers l'idéal démocratique qui est certes difficile à atteindre. Mais depuis 1986, par étape dans la paix et la stabilité, nous arrivons à apporter des améliorations qui renforcent chaque jour le développement de la démocratie dans notre pays.

L'édification de la démocratie véritable dans le pays est un devoir national, et celle du système démocratique national ne peut correspondre avec ce que nous avons connu et ce que nous avons fait au cours de périodes non démocratiques. Les époques ne sont pas identiques. Alors que l'action clandestine était inévitable au cours des périodes où le travail politique public n'était pas autorisé, il n'est plus acceptable aujourd'hui dans un climat démocratique.

C'est que notre réalité aujourd'hui est une réalité démocratique pluraliste, et le citoyen a une liberté quasi-totale d'exprimer son opinion et de mener son action politique à travers les partis.

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