| Nouakchott, 20 oct (AMI) - Le ministre
secrétaire général de la Présidence
du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie
(CMJD), M. Habib Ould Hemet, a présidé
aujourd'hui au Palais des congrès de Nouakchott
une conférence de presse sur le contenu des travaux
des 3 comités interministériels chargés
de la justice, de la transition démocratique
et de la bonne gouvernance.
Cette conférence, qui a vu la participation
des rapporteurs des comités, respectivement M.
Mahfoudh Ould Bettah, ministre de la justice, M. Mohamed
Ahmed Ould Mohamed Lemine, ministre de l'intérieur,
des postes et télécommunications et M.
Mohamed Ould Abed, ministre des affaires économiques
et du développement, s'est déroulée
en présence du ministre de la communication et
de nombreux journalistes de la presse nationale et étrangère.
M. Habib Ould Hemet a tout d'abord indiqué que
cette rencontre avec la presse vise à éclairer
l'opinion publique sur le contenu des rapports des 3
commissions et traduit l'intérêt qu'accorde
le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie
à l'accès régulier des journalistes
à l'information pour qu'ils puissent jouer un
rôle important dans le développement socio-économique
du pays.
Le ministre secrétaire général
de la Présidence du CMJD a ajouté qu'après
leur installation il y'a cinquante jours, les commissions
en question ont entamé leurs travaux dont la
première étape consiste à un travail
interne au niveau des comités interministériels
avec l'appui de commissions techniques, un travail de
formulation de propositions et des mesures qui seront
entreprise au cours de cette première étape.
A cet effet, les commissions se sont appuyées
sur des experts nationaux dans différents domaines.
Et d’ajouter : « ainsi nous avons reçu
environ une quarantaine d'experts dans différents
domaines couvrant les missions échues aux comités
interministériels. Le travail nous a permis de
finir les rapports dans les délais impartis.
Ces rapports ont été soumis au gouvernement
lors de la réunion du Conseil des ministres du
12 octobre 2005 qui les a examinés et soumis
ensuite au Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie
(CMJD) en début de semaine. Ce dernier a jugé
les mesures proposées dans ces rapports conformes
au mandat qui a été défini et conformes
aux orientations et aux objectifs de la transition.
Il a demandé au gouvernement de soumettre les
trois rapports à une large concertation avec
les acteurs politiques et les différentes organisations
de la société civile en les engageant
à tout mettre en oeuvre pour raccourcir les délais
de la transition et finaliser le processus électoral
dans les délais les plus courts.
A l'issue de la finalisation des trois rapports, nous
allons entamer la phase de la concertation.
La 2eme phase est importante, car elle vise à
expliquer et échanger avec les différents
acteurs politiques et la société civile
afin d'enrichir et consolider le consensus national
et le climat d'unité et de cohésion nationales.
La concertation nationale sera lancée officiellement
le mardi 25 octobre au cours d'une cérémonie
officielle qui sera présidée par le Président
du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie,
chef de l'Etat, à laquelle participeront environ
500 participants issus de différents horizons
(partis politiques, société civile, syndicats,
corps socio-professionnels, presse indépendante
et personnalités traditionnelles).
A l'issue de cette cérémonie officielle,
des ateliers seront ouverts au niveau des trois comités.
Ainsi donc, la finalisation de ces trois rapports et
le lancement de la concertation prouve que le gouvernement
est en train de travailler avec méthode et régularité
afin de traduire concrètement les orientations
et engagements pris par le CMJD ».
Au sujet du comité interministériel
pour la justice, M. Mahfoudh Ould Bettah, ministre de
la justice, a précisé que le travail a
duré 50 jours sur les 60 jours initialement prévus
et soumis à l'approbation du CMJD et du Gouvernement
et à la concertation nationale à partir
du 25 octobre 2005. Ce rapport, a-t-il précisé,
a permis l'identification de trois axes principaux :
-l'indépendance de la magistrature et de la
législation ;
-les ressources humaines ;
-les infrastructures et la modernisation.
Il a encore dit : «concernant le premier point,
le comité a fait l'état du cadre législatif
dans lequel s'insert cette question d'indépendance.
Il a constaté un certain nombre d'insuffisances
et a mentionné dans ce rapport les mesures à
prendre et les dispositions législatives nouvelles
qui garantissent davantage l'indépendance des
magistrats.
Dans ce cadre également, le comité a
identifié des insuffisances au niveau de l'autorité
des magistrats, en particulier au niveau de la police
judiciaire, et a réfléchi aux voies et
moyens permettant d'asseoir, de façon satisfaisante,
l'autorité des magistrats et auxiliaires de la
justice.
Le troisième aspect en relation directe avec
l'indépendance de la magistrature et avec le
fonctionnement de ce système, c'est la crédibilité
de la justice qui a été à tort
ou à raison très longtemps entamée
et dont certains acteurs économiques ont payé
les frais du manque de l'indépendance de cette
justice. D’autres questions relatives à
cet axe de réflexion ont été évoquées,
notamment certaines structures qui concourent au manque
d'indépendance de notre justice. Le conseil supérieur
de la magistrature, quelles doivent être ses compétences
? Qui doit donc assurer la discipline des magistrats
? Est-ce un conseil supérieur de la magistrature
présidé par le chef de l'Etat et dont
la vice-présidence est assurée par le
ministre de la justice ou faut-il laisser la discipline
des magistrats à leur pairs avec un conseil supérieur
de la magistrature présidé par le président
de la cour suprême et un conseil supérieur
de la magistrature présidé par le procureur
général pour ce qui est des magistrats
du parquet? Des recommandations ont été
faites à ce sujet.
Du point de vue de législation, l'ensemble des
déficits en la matière ont été
décelés et des recommandations ont été
en conséquence faites là-dessus. Un programme
de codification sera entrepris très rapidement.
Concernant les ressources humaines, le comité
a réfléchi sur le recrutement des magistrats,
la formation judiciaire et la formation continue. Il
a eu à réfléchir également
sur les conditions matérielles:(est ce que les
salaires et avantages actuellement consentis sont suffisants
pour garantir leur intégrité morale?).
Cela a été le cas pour les greffiers qui
constituent la cheville ouvrière du système
judiciaire.
Le comité a constaté des insuffisances
énormes au niveau de cette catégorie du
personnel judiciaire et a proposé des solutions
pour améliorer leur statut ainsi que leurs conditions
matérielles et morales.
Pour ce qui est des infrastructures et de la modernisation,
le comité a étudié de façon
pertinente la question, a identifié beaucoup
d'insuffisances dans ce domaine et proposé des
solutions en moyen et long termes.
Au sujet de la modernisation, le souci a été
d’avoir les moyens d'assurer une modernisation
et une mise à niveau du système judiciaire
pour qu'il puisse s'acquitter valablement de la mission
qui lui est dévolue.
Le comité interministériel a aussi réfléchi
aux autres modes d’alternatives de résolution
des conflits, l'arbitrage, la médiation et la
conciliation ».
Lui succédant, le ministre de l'intérieur,
des postes et télécommunications, M. Mohamed
Ahmed Ould Mohamed Lemine, a fait le point sur le rapport
du comité interministériel chargé
de la transition démocratique.
Le rapport de ce comité a été
examiné au niveau du Cmjd et du Gouvernement
et a bénéficié d'une appréciation
positive sur sa conformité avec la mission dévolue
au comité, a indiqué le ministre, ajoutant
: « ensuite le CMJD a engagé le gouvernement
à soumettre ledit rapport provisoire à
une large concertation nationale avec les formations
politiques, les institutions de la société
civile et tous les acteurs publics, renforçant
ainsi la cohésion et le consensus national au
cours de cette période transitoire, ce qui est
un acquis essentiel qu'il convient à tous de
préserver, gouvernement, CMJD, opinion publique,
presse....
Le premier axe a trait aux réformes constitutionnelles.
Ces réformes comportent, pour l'essentiel, une
révision constitutionnelle qui consacre l'alternance
du pouvoir pour la première fois dans l'histoire
du pays, en particulier s'agissant de l'institution
présidentielle. Elle consiste à réduire
à deux au plus le mandat présidentiel
et soumettre la durée de ce mandat qui était
de 6 ans à la discussion pour la réduire
à 5 ou 4 ans. La polémique dans les milieux
constitutionnel et judiciaire sur l'article 104 qui
a discrédité la constitution de 1991 va
prendre fin avec l'abrogation par le comité de
cet article 104 et la proposition d'un ordonnancement
juridique en ce lieu et place. Parmi ces réformes,
une nouvelle proposition interdisant au président
de la République, en sa qualité d'arbitre,
d'appartenir à aucune direction de formation
politique nationale.
D'autres révisions de loi sont à l'ordre
du jour. Elles intéressent la réglementation
électorale. Elles sont liées à
certaines dispositions constitutionnelles et sont de
nature à combler les lacunes, améliorer
la réglementation électorale et consacrer
les principes fondamentaux de la démocratie dans
le processus électoral. Un exemple à cela
: l'ouverture des candidatures hors partis politiques,
ce qui lève la restriction jusqu'alors en vigueur
excluant les candidatures indépendantes.
Un autre aspect intéresse la création
de la commission nationale indépendante chargée
de superviser les élections. C'est un nouveau
mécanisme adopté par le CMJD et le gouvernement
pour que toutes les opérations à venir
portant sur les élections se déroulent
dans des conditions transparentes, honnêtes et
crédibles.
Le comite interministériel a examiné
les travaux de plusieurs commissions dans des pays africains
et autres et a tiré profit de toutes ces expériences
et présenté une approche qui fait sienne
les aspects positifs des expériences voisines
et autres d'une part et qui tient par ailleurs compte
des réalités de notre pays et de l'expérience
du ministère de l'intérieur en matière
de gestion et suivi des élections.
En outre, un profil pour cette commission indépendante
chargée de la supervision des élections
a été défini :
- elle sera une autorité administrative dotée
de la personnalité morale et de l'indépendance
financière ;
- elle est habilitée à superviser sur
toute l'étendue du territoire national tout le
processus électoral depuis sa préparation
jusqu'à la proclamation des résultas.
-elle est formée de personnalités nationales
connues pour leurs compétences, leur intégrité,
leur honnêteté et leur dévouement
au service public. Elle sera représentée
au niveau des moughataas et des arrondissements et dotée
des moyens matériels et humains nécessaires
pour accomplir sa mission.
Le troisième axe a trait aux échéances.
Il consiste à déterminer un calendrier
pour ces élections. La période transitoire
couvre deux ans dont deux mois se sont écoulés.
Un calendrier a été fixé par le
comité pour toutes les élections présidentielles,
législatives et municipales en plus du referendum
sur la révision de la constitution qui tient
compte de toutes les contraintes en la matière.
Le 4eme axe porte sur l'élaboration d'une liste
électorale crédible, transparente et objet
de consensus de la part de tous les acteurs politiques.
Une proposition a été faite comportant
soit la révision des listes disponibles au ministère
de l'intérieur de concert avec les autres acteurs
politiques, soit de mener un nouveau recensement de
tous les électeurs au niveau national. Le comité
a proposé un certain nombre de suggestions comportant
des améliorations au niveau matériel,
logistique et organisationnel de nature à favoriser
un meilleur cadre de l'action électorale ».
Le ministre des affaires économiques et du
développement, M. Mohamed Ould Abed, a pour sa
part présenté le rapport du comité
interministériel chargé de la bonne gouvernance.
Ce comité avait pour mandat de proposer, sur
le court, le moyen et le long termes un ensemble de
mesures pour jeter les bases d'un système de
gestion saine de l'économie mauritanienne de
manière à ce que les avancées qui
seront réalisées sur la voie de la démocratisation
et de la consolidation de l'Etat de droit soient servies
par une gestion optimale de l'économie mettant
la Mauritanie sur la voie d'un Etat moderne. Il a ajouté
: « à cet effet, quatre thématiques
ont été examinées, à savoir
:
- la première qui prépare l'administration
à toute la problématique de décentralisation
et de développement local ;
-la deuxième qui traite la gouvernance économique
;
- la troisième qui traite de la gouvernance
environnementale ;
-la quatrième qui traite des droits humains
et de la société civile. Ce qu'il y a
à partager avec les journalistes avant les discussions
sur le fond qui seront entamées le mardi prochain,
c'est la philosophie qui soutend ces 4 axes.
Il s'agit d'aboutir à l'objectif de jeter les
bases d'un système de saine gestion pendant un
laps de temps court comparé aux délais
de mise en oeuvre des réformes. L’essentiel
étant que l'action de l'Etat se fasse dans un
cadre clair, dans un cadre de droit. Il y avait d'un
coté le droit et de l'autre la pratique qui primait
sur ce droit. Il fallait rétablir l'ordre normal
des choses, donc la primauté du droit. Il fallait
aussi renouer avec les critères de l'efficacité
de l'action administrative et faire en sorte que les
décisions appropriées soient prises à
l'échelon qu'il faut, au moment opportun et ne
restent pas l'apanage exclusif de l'administration centrale.
Il faut, tout autant, garantir que les communes puissent
assumer les compétences qui peuvent réellement
leur être transférées et jouer pleinement
le rôle qui leur est dévolu.
La 2eme thématique est la gouvernance économique,
qui renvoie à plusieurs thèmes dont la
gestion des finances publiques qui nécessite
une rupture totale avec la situation antérieure
où il y avait le droit d'un coté et la
pratique de l'autre. Faire simplement du budget ce qu'il
doit être à savoir le lieu de prévision
de toutes les dépenses de l'Etat et assurer que
tous les mécanismes qui en garantissent la régularité
et la transparence vont être opérationnels.
Nous sommes à la veille d'un tournant de notre
histoire économique. Aussi, il convient de réfléchir
sur la vision de l'économie qu'il y a lieu de
privilégier à l'horizon de 10, 15 ou 20
ans. Nous allons contribuer au débat tout comme
ceux qui vont venir après la transition.
Avec les perspectives qui sont les notre et au regard
du dilemme que représente la ressource pétrolière
dans le monde, il y a lieu d'en profiter le plus rapidement
possible et de diversifier la base productive de l'économie
pour multiplier les sources de croissance de l'économie,
ce qui ne peut se faire sans une concertation franche
avec les opérateurs privés pour déterminer
les choix optimaux d'investissement public et privé
à faire.
Les questions économiques renvoient souvent
à des problèmes environnementaux qui ont
été discutés pour faire en sorte
que notre développement économique ne
se fasse pas au détriment de la qualité
du cadre de vie de nos populations.
La 4eme thématique liée aux droits humains
et à la société civile touche à
l'Etat de droit, à la démocratie pluraliste,
aux droits affirmés et réels pour chaque
citoyen et au rôle de la société
civile ainsi qu’à la codification de cette
relation avec l'Etat.
A toutes ces questions, des propositions de mesures
ont été faites à court terme avant
décembre 2005, à moyen et à long
terme, engageant tous à aller de l'avant et surtout
à éviter les retours à la situation
ante ».
Le ministre secrétaire général
de la présidence du CMJD et les rapporteurs des
trois commissions ont par la suite répondu aux
questions des journalistes qui étaient axées,
entre autres, sur l'indépendance de la justice,
les mesures de répression pour protéger
les deniers publics, l'élaboration de la liste
électorale, le verrouillage constitutionnel,
l'augmentation des salaires et le contrôle des
prix.
En réponse à ces interrogations, les
ministres ont précisé que le CMJD n’occultera
aucun problème et oeuvrera à apporter
des solutions définitives et équitables.
Le ministre de la communication, M. Cheikh Ould Ebbe
a apprécié la qualité des exposés
qui traduisent la volonté du CMJD d'informer
l'opinion publique sur l'évolution des travaux
des comités interministériels et l'action
du gouvernement en général. Il a remercié
les journalistes présents pour leur esprit de
responsabilité et la pertinence des questions
posées au cours de cette conférence.
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