| "En tant que partis politiques,
nous devons nous élever contre les maux qui menacent
notre société"
Nouakchott, 13 sept (AMI) - Nos reporters ont rencontré
le secrétaire général du PRDS.
M. Boullah Ould Mogueya s'est longuement entretenu avec
nous des questions nationales: changement du 3 août
2005, élections futures, justice, bonne gouvernance.
Il a avancé les positions et les propositions
de son parti.
Interview:
AMI : Quelle appréciation fait-on au PRDS du
changement intervenu le 3 août dernier ?
M. Boullah Ould Mogueya : Comme tout le monde le sait,
le Parti Républicain Démocratique et Social
a défini très tôt sa position vis-à-vis
du changement intervenu le 03 août et ce, en partant
de ses propres principes. Après la rencontre
organisée par le Président du CMJD avec
les partis politiques, et après avoir écouté
les explications et garanties qu’il nous a présentées,
le Bureau Exécutif du PRDS a décidé
de soutenir le projet du CMJD. Nous soutenons les propositions
avancées concernant la révision constitutionnelle,
notamment l’abrogation de l’art 104 et les
innovations qui concernent la durée du mandat
présidentiel. Nous soutenons également
les initiatives concernant les prochaines élections,
notamment la formation d’une commission nationale
pour les élections qui superviserait les opérations
électorales, le principe de la durée de
la période transitoire, ainsi que les garanties
de neutralité de l’administration, du CMJD
et du gouvernement. Nous pensons que ces garanties permettront
à tout le monde, en concertation, d’organiser
des élections transparentes et démocratiques,
donc le retour des institutions démocratiques
et constitutionnelle dès la fin de la période
de transition.
Nous avons donc déclaré notre pleine
disposition à participer à ce processus.
Nous avons préparé quelques propositions
à propos de la concertation. La première
concerne le travail des comités chargés
de préparer la phase transitoire. Nous les avancerons
lorsque ces comités chargés de cette question
et débuteront les concertations.
Nous vivons aujourd’hui dans une très
importante phase de notre histoire, celle de la transition
qui nous conduira vers une étape encore plus
importante. Les partis politiques et la société
civile doivent jouer un rôle essentiel dans cette
phase.
A partir de ce constat, nous devons souligner qu’il
existe de nouvelles données avec lesquels tout
le monde doit compter. Il n’y a par exemple plus
de parti de majorité ni de parti d’opposition.
Il n y a que des partis politiques qui s’activent
sur la scène nationale et qui ont chacun ses
objectifs, ses programmes, ses lignes de direction qui
se recoupent parfois, qui divergent sur certaines questions,
suivant leurs visons politiques. Nous nous rencontrons
parfois, sur certaines idées, avec certains partis
d’opposition.
A cet égard, nous soutenons l’idée
d’une impulsion d’un cadre de concertation
qui nous permettra de travailler ensemble pour traverser
cette période dans un climat de sérénité
et de concertation, de tolérance, d‘esprit
de responsabilité, de patriotisme sincère
et d’affiner ensemble les outils qui permettraient
d’assurer de bons résultats pour toutes
les consultations.
Nous devons en tant que partis nous élever face
aux maux qui menacent notre société :
tribalisme, régionalisme, racisme, clanisme.
Nous avons en tant que partis la responsabilité
d’orienter et d’encadrer, de former nos
militants et diriger notre action dans le sens de l’ancrage
du patriotisme, en cette période précisément
et en ces circonstances, et à d’autres
moments également, bien sûr.
Nous devons en même temps orienter notre discours
vers l’union, vers le renforcement de l’unité
nationale, l’unité du pays, l’unité
des citoyens.
L’unité nationale, c’est un point
important. Elle est menacée par les maux que
nous avons cités plus haut.
Il y a bien sûr d’autres points sur lesquels
on peut s’accorder ou non. Ceci bien sûr
est naturel pour des politiciens capables de comprendre
la situation et la dépasser.
Concernant le calendrier, nous avons proposé
que la période intérimaire soit de seize
mois (16) et que les élections législatives
et municipales soient organisées, au même
moment, après le référendum et
enfin que les présidentielles soit tenues après.
AMI : Une mesure d’amnistie a été
prise pour les crimes et délits politiques. Quelle
est à cet égard la position du PRDS ?
Boullah : Au PRDS, nous soutenons tout ce qui peut
unir le corps social, éloigner la haine, les
dissensions stériles qui n’avancent en
rien. Naturellement nous visons la construction d’une
Mauritanie unifiée, grâce aux efforts de
tous les mauritaniens à l’intérieur
et à l’extérieur. Nous ne nous opposons
pas à leur participation positive. C’est
ce qui ressort des enseignements de notre Sainte Religion,
de nos valeurs morales. Il est du devoir de tous de
trouver un consensus en vue de la construction nationale.
Et la période à venir, celle de la mise
en place des institutions démocratiques, est
cruciale.
AMI : Un comité a été créé
pour préparer les futures élections. Quelle
appréciation en fait le PRDS ?
Boullah Ould Mogueya : Ce comité mène
actuellement ses travaux. La prochaine phase sera celle
de la concertation avec les partis politiques à
propos de ce processus, et des outils qui seront utilisés
pour sa réussite. Il y a ce qui concerne les
questions constitutionnelles. Il y a aussi des questions
liées à la méthode qui sera utilisée
pour organiser les élections futures. Quand débutera
la période de concertation, le PRDS avancera
des propositions précises en ce domaine.
AMI : L’Etat mauritanien a fait appel à
l’ONU pour l’aider à organiser des
élections propres…
Boullah Ould Mogueya : Nous soutenons tout ce qui
peut concourir au succès des opérations
électorales futures. Il est certain que la constitution
d’un comité national indépendant
pour les élections est un élément
essentiel. L’organisation des élections
est un phénomène complexe et facile en
même temps. Elle est facile si les acteurs conviennent
des règles du jeu et acceptent ses résultats.
Elle est complexe, si le contraire survient, si le vainqueur
s’accapare la victoire, malgré le doute
qui est apparu, et si le vaincu se cramponne à
la défaite. Je pense que la présence d’observateurs
internationaux facilitera la tâche et constituera
une autre manière d’assurer des élections
aux résultats acceptables. Nous considérons
aussi qu’il serait utile d’inviter des observateurs
venus de pays frères et amis, car ils connaissent
plus que d’autres nos spécificités.
Le but de tout cela est de concourir au succès
des opérations futures. Et nous ne refusons,
au présent comme à l’avenir, aucun
moyen capable de nous aider à mettre en place,
ou à remettre en place des institutions démocratiques
consensuelles, effectivement représentatives
de la volonté du peuple mauritanien.
AMI : Un autre comité interministériel
se penche sur la réforme de la justice…
Boullah Ould Mogueya : Ce comité là
est le plus important, car la Justice est l’élément
essentiel pour toute société, pour tout
régime, une justice réelle. Une magistrature
indépendante au dessus de tout soupçon,
est une nécessité essentielle, une justice
qui dit le droit, en partant des lois positives. Tout
le monde convient qu’il y a des conditions à
mettre en place, pour placer ceux qui exercent dans
ce domaine dans la possibilité de mener leur
noble mission. Ces conditions peuvent être d’ordre
matériel, d’ordre moral ou concerner la
formation.
A ce sujet, nous pensons que la création, vu
la réflexion sur la création d’éléments
pouvant encourager les magistrats compétents,
honnêtes dans leur travail est nécessaire.
Et nous aurons à faire des propositions en ce
domaine. Il faut aussi à réfléchir
à des sanctions, des sanctions qui toucheraient
ceux qui oeuvreraient dans le sens contraire. Des sanctions
qui les empêcheraient d’agir à l’avenir.
La justice est importante aussi par ce qu’il
conforte les individus dans la préservation de
leurs droits. Elle attire aussi les investisseurs. Notre
pays intéresse aujourd’hui les investisseurs.
Et la première question se posent les investisseurs
concerne la qualité de la justice. Et c’est
normal, car l’investissement est par nature pusillanime
et refuse de prendre des risques, dans un climat où
la règle de droit n’est pas respectée.
D’autre part, il y a des milliers de décisions
de justice qui sont prises par le corps de la justice,
et si ces milliers de décisions judiciaires ne
respectent pas les règles de droit, cela va engendrer
des milliers de problème pour le pays, pour le
pouvoir, pour la société.
Je crois que la formation est une opération
très importante en ce domaine. Il faudrait, je
pense réfléchir, parmi d’autres
choses, à la création d’un centre
de formation. Car le monde évolue à pas
rapides, et les règles juridiques, internes et
internationales, évoluent rapidement, comme les
sociétés, et il appartient au juge d’accompagner
ces transformations. La formation est donc un élément
les plus importants plus important peut-être que
l’encouragement matériel. Car un cadi bien
formé, bien informé du monde qui l’entoure,
car le droit commercial, le droit maritime, le droit
pénal évoluent. Et l’immobilisme
en ce cas est inacceptable et ne saurait être
surmonté que par la création d’une
institution qui suit cette évolution et forme
en conséquence les juges et les magistrats. L’évolution
économique, sociale nous oblige à créer
de règles de droits idoines mais exige aussi
que ces règles soient bien comprises et appliquées
scrupuleusement. Tout cela exige du juge une formation
moderne, compatible avec les transformations sociales.
AMI : Le troisième comité interministériel
est chargé de proposer des mesures garantissant
la bonne gouvernance de la gestion des deniers publics…
Boullah : La bonne gouvernance à ses règles.
Des projets en ce sens ont été établis
dans plusieurs pays à certaines périodes
des règles de base existent en ce domaine. Il
faudrait connaître les expériences menées
ailleurs et qui ont été des réussites.
Gérer les matériaux humains, de manière
rationnelle est le plus important à mes yeux.
Parce qu’il y a des possibilités humaines
énormes en ce pays, et il existe aussi des ressources
naturelles importantes, et nous devons nous atteler
à travers les bonnes solutions pour les gérer
avec rationalité et les conserver. La bonne gouvernance,
c’est avant tout la bonne gestion de ce qui existe
et la réflexion en vue de la mise sur pied de
règles pour gérer l’avenir. Les
règles à suivre en ce domaine sont précises
et les programmes connus. Revoir tout cela, corriger
les erreurs commises peut exiger également la
mise sur pied de nouveaux programmes, meilleurs peut-être.
Pour que notre pays puisse profiter de ses richesses
naturelles, il faut que celle-ci soit bien gérée
et également redistribuées équitablement,
aussi bien entre les individus qu’entre les régions.
Nous considérons, sur ce plan que l’administration
constituera la pierre angulaire de cet édifice,
car c’est elle qui trace les programmes à
réaliser et c’est elle qui les exécute.
Cette administration doit innover, développer
ses méthodes, et suivre l’exécution
des programmes à réaliser. Car pour atteindre
les objectifs présents, il faudrait nécessairement
qu’il y ait un suivi précis du travail
à exécuter quelqu’il soit, il faudrait
qu’il y ait programmation et continuité.
Et sur ce plan, il y a déjà des outils
reconnus qu’il faudrait peut être améliorer,
s’il le faut.
Je voudrais ajouter à cet effet, que l’administration
devrait être celle du peuple, être proche
des citoyens, pour que chacun ressente qu’il est
effectivement, représenté, qu’il
possède des droits, que l’administration
doit préserver ces droits, au moment qu’il
faut, par les moyens qu’il faut. Ainsi nous aurons
une administration de bonne gouvernance, une administration
au service du citoyen, une administration dont la raison
d’être est le service du citoyen.
L’existence de l’administration se justifie,
en premier et dernier ressort par le fait qu’elle
est un outil qui permet au citoyen de concrétiser
ses droits, ses espoirs et ses rêves.
La confiance est essentielle pour l’action de
l’administration, l’utilisateur du service
public doit être confiant en l’administration.
Si cette confiance n’existe pas ou si l’administration
retombe dans des travers comme la corruption, le clientélisme,
le détournement des deniers publics, le citoyen
traitera l’administration en conséquence,
et celle-ci aurait contribué à fermer
une société malade.
Vous constaterez par vous-même le rôle
joué par l’administration dans la construction
de la société, dans la stabilité
et dans la conservation de nos valeurs.
Nous sommes un pays musulman qui rejette tout ce qui
est contraire à cette foi. La position de notre
religion vis-à-vis du corrupteur et du corrompu
et vis-à-vis du détournement des biens
publics est connue et ne souffre aucune contradiction.
En définitive, la réforme de l’administration
est une revendication très importante, non seulement
pour la gestion des questions quotidiennes, mais aussi
pour la préservation de nos valeurs islamique
et la protection de notre société contre
de nombreux maux sociaux.
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