| Le Président du Parti SAWAB à
l'AMI :
" Nous conseillons aux politiques et au peuple
mauritanien de se saisir de cette occasion unique pour
assurer le succès du processus démocratique
de manière à garantir à notre peuple
une vie digne, dans un système démocratique
sain
Nouakchott,12 sept (AMI)- Le Président du parti
Saab M. Cheikh Ould Sidi Ould Hanena a accordé
une interview à l'AMI au cours de laquelle il
s'est exprimé sur le changement du 3 août
dernier. Nous livrons l'intégralité de
cette interview:
Ami: Suite aux engagements pris par le Conseil Militaire
pour la Justice et la Démocratie, quelle est
la position du parti Sawab par rapport au changement
du 3 août?
Cheikh Ould Sidi Ould Hanane : Les engagements pris
par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie,
constituent, dans leur ensemble, ce à quoi nous
aspirons. Le changement intervenu a permis d'éviter
que la situation qui prévalait n'arrive à
dégénérer et à conduire
vers l'inconnu. Avant le 3 août, le risque d'une
guerre civile menaçait le pays.
Nombreux parmi ceux qui suivaient la situation dans
le pays craignaient pour la Mauritanie le scénario
de la Somalie. Les prisons regorgeaient de détenus
d'opinion, les patriotes étaient pourchassés
à l'intérieur et à l'extérieur.
La gabegie avait atteint son sommet. L'atermoiement
politique et sécuritaire n'avait pas de limite.
C'est pourquoi le changement opéré avait
été très favorablement accueilli
par le peuple mauritanien qui étouffait dans
une prison avait perdu espoir d'en sortir.
Ami: Quelle est la position du parti Sawab suite à
la décision d'amnistie générale?
Cheikh Ould Sidi Ould Hanena : Le Parti Sawab a salué
cette décision et continue de s'en réjouir.
Il considère qu'il s'agit la effectivement d'un
acquis majeur qui a restauré un climat de confiance,
insufflé l'espoir et relevé le moral des
Mauritaniens. Nous appelions cette amnistie de tous
nos vœux et la considérons comme un préalable
indispensable pour toute véritable réforme.
L'amnistie générale et la réconciliation
doivent caractériser cette période de
transition bénie et préparer un environnement
favorable a la participation libre et digne de tous
les citoyens au processus démocratique.
ami : Quelles sont vos attentes par rapport aux comités
interministériels constitués pour se pencher
sur les grandes questions, telles que la justice, la
bonne gouvernance et l'enracinement de la démocratie?
Cheikh Ould Sidi Ould Hanena : Nous nous attendons
à ce que les trois comités interministériels
chargés des ces questions, prennent contact avec
nous et qu'ils nous impliquent au cours de l'élaboration
des programmes de réformes. Nous avons des opinions
et des propositions sur ces différentes questions
et qui nous permettent, de notre point de vue, une contribution
au processus démocratique engagé. Certaines
de ces propositions ont trait à la future constitution
qui concerne tous les citoyens et qui revêt une
importance particulière parce qu'il s'agit du
texte fondamental qui détermine la nature du
système. La démocratie véritable
est celle qui est fondée sur des bases et des
principes à même d'assurer son exercice
et sa protection. l'une de nos plus importantes attentes
reste l'instauration d'une saine démocratie dans
notre pays. Depuis 15 ans, nous vivons sous la coupe
d'un pouvoir dictatorial et tous nos malheurs proviennent
de l'accaparement du pouvoir par une seule personne.
La problématique à laquelle nous faisons
face actuellement, plutôt le défi auquel
nous sommes confrontes est comment instaurer un système
constitutionnel qui ne va pas générer
un nouveau Maaouya. Cela suppose, de notre point vue,
un système institutionnel dans lequel les pouvoirs
sont séparés et équilibrés
de manière à ce que ces pouvoirs ne soient
pas concentrés entre les mains d'une seule personne;
ce qui exige ; Premièrement: la limitation du
pouvoir du Président de la République
qui doit être le garant et l'arbitre des institutions
de la République et qui doit également
être au dessus des divergences politiques et sans
parti pris. Le Président devra être élu
par les deux chambres du parlement.
Deuxièmement : Le chef du gouvernement devra
être responsable uniquement devant l'Assemblée
Nationale qui devra l'élire au sein du groupe
parlementaire ou de l'alliance qui dispose de la majorité.
Il est chargé de la gestion des Affaires Générales
dans les différents domaines . Troisièmement
: L'élection du Premier ministre doit entre du
ressort de l'Assemblée Nationale qui aura également
à contrôler l'action du gouvernement lequel
disposera de pouvoirs et de prérogatives réels
et aura un impact politique véritable. En raison
de son rôle législatif extrêmement
important, le système d'élection des députés
devra être révisé notamment le système
du découpage par moughataa en tant que circonscription
électorale. Un tel système ne peut générer
que ceux qu'on appelle les dignitaires et autres qui
n'ont pas les compétences requises pour s'acquitter
convenablement des lourdes et importantes taches qui
leur sont confiées en leur qualité de
députés. Pour éviter la situation
désastreuse à laquelle nous avaient conduit
les systèmes précédents, le parti
SAWAB propose que l'élection se fasse à
la proportionnelle au niveau des listes nationales plutôt
qu'au niveau des moughataa . L'intérêt
d'une telle approche sera de rendre importantes les
visions tribalistes, régionalistes et tous les
autres courants sectaires qui perdront du coup leur
efficacité.
Le député sera donc une personnalité
nationale, intéressée par les questions
nationales dans leur ensemble, sans compter qu'un tel
système électoral offre davantage de justice
et d'équité en matière de représentativité
politique parce que chaque parti sera représenté
au prorata des voix qu'il aura gagne. Le Parti qui aura
enregistré par exemple 40% des suffrages aura
le même pourcentage en termes de sièges
à l'Assemblée Nationale .
De même, un parti qui aura 10 % du suffrage en
sa faveur disposera de ce même pourcentage au
niveau de l'Assemblée. Ainsi, le parlement exprimera
exactement la volonté du peuple. Avec l'élection
de l'Assemblée Nationale, avec aussi l'introduction
de la proportionnelle, le sénat aura sa raison
d'être en tant que représentant des circonscriptions
au niveau des moughataa. En un mot , le parti SAWAB
qui opte pour le modèle socio démocratique,
considère que le gouvernement dans son ensemble
doit être responsable uniquement devant l'Assemblée.
Ce gouvernement devra oeuvrer constamment à bénéficier
de la confiance de cette assemblée. De même
, notre parti considère que la proportionnelle
est le seul moyen pour assurer justice et équité
au cours des différentes élections que
ce soit au niveau national, régional ou communal.
Le Parti SAWAB tient à ce que le parlement, l'administration
et la justice ne subissent pas les pressions des groupes
d'intérêts. Quatrièmement : Nous
proposons que les wilaya soient dotées de conseils
élus au suffrage universel direct. Ces conseils
qui auront en charge la gestion de leurs affaires sont
une garantie indispensable pour l'exercice efficace
de la démocratie. Cinquièmement: Nous
réaffirmons notre attachement la constitution
d'une commission électorale indépendante
et apprécions hautement à ce titre les
garanties qui ont été données par
le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie,
tout comme nous considérons que la neutralité
requise pour la conduite de la transition est capitale,
même si cette neutralité reste difficile
à observer dans notre contexte .C'était
là des propositions concernant le processus démocratique.
Pour ce qui est la justice, il s'agit là d'une
question d'une extrême importance parce qu'il
est impossible de concevoir l'exercice d'une démocratie
sans l'instauration de la justice. Il est regrettable
de constater que la justice chez nous a perdu toute
crédibilité .
Il est urgent et impérieux de reformer et de
réhabiliter la justice et ce quel qu'en soit
le prix. Parce que jusqu'ici toutes les tentatives sur
cette voie ont échoué .Le parti considère
que la réforme de la justice est la toute première
des priorités. Cela nécessite que l'on
en vienne à se débarrasser de tous les
prévaricateurs, les incompétents et les
personnes de mauvaise moralité au niveau des
structures de la justice et à fournir des efforts
de moralisation, de réhabilitation ,de mise à
niveau des autres personnes en charge de la justice
et dont moyens doivent être améliorés
afin qu'ils puissent mener correctement leur noble mission.
Pour ce qui est la bonne gouvernance, il importe de
conduire une réforme de l'administration afin
que celle-ci soit au service des citoyens. Les walis
et préfets étaient des émirs arrogants
qui n'excellaient que dans la vente des terrains et
l'aptitude à tirer profit des problèmes
des citoyens. La réforme de l'administration
est d'une extrême importance.
S'agissant de la gestion des biens publics, il convient
de maîtriser le système de gestion , d'instaurer
des contrôles, de s'assurer que les dépenses
publiques sont correctement orientés vers les
objectifs auxquels elles sont destinées notamment
en matière de santé , d'éducation,
de développement économique et social.
Il est temps de mettre terme aux malversations et à
la mauvaise gestion administrative et financière.
Ami : Sommes- nous en passe d'inaugurer une nouvelle
ère politique prometteuse et avons -nous les
moyens de faire face aux impacts collatéraux
du passage à cette nouvelle ère?
Cheikh Ould Sidi Ould Hanena: Nous sommes déjà
dans une nouvelle ère porteuse d'espoirs et qui
a été marquée des son début
par un consensus des forces vives, par la libération
des détenus, la disparition des craintes, la
fin de la terreur. Nous espérons qu'elle nous
conduise vers une véritable démocratie.
Les engagements du Conseil Militaire pour la Justice
et la Démocratie nous réconfortent dans
nos espoirs.
Ami : Quels conseils adressez -vous aux hommes politiques
et au peuple mauritanien pour cette période de
transition?
Cheikh Ould Sidi Ould Hanena : Nous conseillons aux
hommes politiques et à tous les citoyens de saisir
cette occasion particulière pour assurer le succès
du processus démocratique de manière à
garantir a notre peuple une vie digne dans un système
démocratique sain.
Propos recueillis par Mohamed Adellah Ould Hdhana
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