Nouakchott, 6 sep (AMI) - M. Ahmed Ould
Sidi Baba, Président du RDU a accordé
lundi une interview à l'AMI dans laquelle il
a loué l'amnistie pleine et entière pour
les crimes et délits politiques, le changement
du 3 Août, la bonne gouvernance, la réforme
de la justice ...
Voici le texte de cette interview:
Question : Quelle est la réaction du RDU face
au changement de 03 août et au programme annoncé
par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie?
M. Ahmed Ould Sidi Baba: Nous avons étudié
le programme du CMJD et découvert avec beaucoup
de plaisir qu'il reprend, exactement, mot pour mot,
d'une part les conclusions du forum que nous avons organisé,
d'autre part les termes de notre programme politique.
Dans cette situation, et nonobstant nos positions de
principe, nous avons dit au président du CMJD,
chef de l'Etat, quand il a reçu notre parti et
quand il a sollicité notre appui, que nous ne
marchanderons pas notre soutien à ce programme,
car, au fond, c'est le notre. Ceci étant dit,
ce programme, s'inscrit dans une scène politique
particulière, résultat d'un demi-siècle
de monolithisme où des mentalités souvent
très éloignées de la complexion
psychologique du mauritanien se sont installées.
Fidèles à cette option, nous avons créé
un parti, non pas pour les besoins de la politique politicienne
mais pour que ce projet démocratique que nous
avions appelé de nos vœux depuis vingt ans
réussisse et que le pays l'adopte, l'entérine
et l'ingère sans danger ni pour la paix ni pour
le processus lui-même qui ne doit pas être
dévoyé ni entraîné vers un
monolithisme. C'est pourquoi nous avons mené
un combat qui a été très pénible
durant ces dernières années, par le fait
que nous n'étions ni des applaudisseurs ni parmi
ceux qui acceptent qu'on mette le feu à la barque.
Nous avons supporté cette situation pendant quinze
ans, avant d'organiser, vous vous en souvenez, au mois
d'avril dernier le forum sur les valeurs démocratiques
qui avait pour objectifs de briser cette configuration
figée de la scène politique qui était
partagée entre radicalisme et monolithisme. Aujourd'hui,
nous vivons sous les auspices d'un programme politique
avancé par le CMJD, un programme que nous soutenons
totalement. Nous disons aujourd'hui que l'annonce faite
est excellente, que le programme engagé est excellent
et qu'il faut que tout le monde se mette ensemble, abstraction
faite des élections et des candidatures, pour
faire en sorte que ce processus réussisse et
pour que la scène politique soit nettoyée
de ses scories, de ses excroissances, de ses extrémismes
et de ses déviations. C'est comme cela que nous
voyons les choses au RDU.
Question: Le CMJD vient de décider d'une amnistie
entière pour tous les crimes et délits
politiques, quelle est la position du RDU à cet
égard?
M. Ahmed Ould Sidi Baba: quant le chef de l'Etat m'a
reçu l'autre jour, je lui ai demandé,
entre autres choses, de nous aider à l'assainissement
de cette scène politique. Et parmi les mesures
demandées, il y avait l'exigence de faire table
rase du passé et de recommencer à zéro.
Question: Le CMJD a mis en place des commissions ministérielles
chargées de se pencher sur les problèmes
de fond. La première est chargée des élections
et du processus démocratique...
M. Ahmed Ould Sidi Baba: Je crois que sur ce plan,
la situation est simple, il s'agit d'étudier
les conditions dans lesquelles des élections
transparentes peuvent être organisées.
En tant que parti, nous sommes prêts à
aider l'administration en lui donnant notre point de
vue car ils se sont engagés à consulter
les partis politiques.
Sur un autre plan, je trouve l'appel lancé à
l'ONU pour aider le pays à organiser des élections
justes et transparentes, comme une démarche intelligente
et bienvenue, car il n'y a pas de meilleure caution
que les Nations Unies et pas de meilleure garantie pour
les mauritaniens que la présence et le témoignage
de cette institution. Le Conseil Militaire et le gouvernement
ont eu raison de faire appel à l'ONU.
Question: Une commission ministérielle se penche
aujourd'hui sur l'épineuse question de la bonne
gouvernance. Qu'en pense le RDU?
M. Ahmed Ould Sidi Baba: sur ce plan, vous mettez
le doigt sur un problème qui est au centre des
préoccupations du RDU. D'abord, je crois à
une réforme globale, touchant à l'ensemble
du système, car nous sommes héritiers
de l'administration française, laquelle est connue
pour être colbertiste, bureaucratique, héritière
de la révolution de 1789. Ce colbertisme, lui-même
handicapant, nous l'avons aggravé par le fait
que nous n'avons aucune expérience administrative,
ni d'Etat, et par le monolithisme, qui a revit depuis
la colonisation à nos jours. Si bien qu'aujourd'hui,
notre grand problème, c'est l'Etat. Et la grande
réforme de l'Etat c'est de reprendre la totalité
des taches imparties à l'Etat, de les recenser,
de les regrouper ensuite et en faire ressortir un organigramme
de gouvernement, définir les directions, repenser
le programme de formation des cadres existants et des
cadres futurs, pour disposer des fonctionnaires appropriés
pour l'économie de marché qui est la notre.
Je crois qu'une réforme totale de l'Etat est
le meilleur moyen d'endiguer la corruption ou de la
réduire fortement. Je crois aussi qu'il faut
reprendre l'ensemble de la législation et de
la réglementation, car celles-ci remontent parfois
à l'époque coloniale et même au-delà.
Nous avons ainsi des textes qui remontent à 1901.
Il faut aussi revoir la rémunération des
agents de l'Etat, de manière à les mettre
dans une situation qui leur permette de devenir utiles
et efficaces.
Question: La réforme de la justice, c'est aussi
un grand chantier.
M. Ahmed Ould Sidi Baba: Je pense que la réforme
de la justice est liée à la bonne gouvernance.
En matière de justice, il y a d'abord à
réformer les structures administratives, et il
s'agit d'une réforme à mener dans celle,
globale, de l'Etat. Il y a aussi à instaurer
la justice et les droits. Cela nécessite seulement
la naissance d'une volonté politique et celle-ci
existe. Il s'agit désormais pour nous de nous
affirmer comme un Etat Etat de droit, décidé
à appliquer le droit, à créer les
conditions de l'indépendance et de la compétence
de la justice. Et en cela, nous revenons à la
réforme, celle de la formation du personnel,
de sa rémunération, de l'amélioration
de sa situation. Je le répète: établir
la justice et le droit, c'est une question de volonté
politique, et celle-ci existe .
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